« Les débutants » : 3 nouveaux élus de la République face à la loi travail

C’est l’une des promesses de campagne qu’Emmanuel Macron a tenue : sur les 350 députés de la majorité présidentielle, 313 sont « nouveaux ». Pour quel résultat ? Le renouvellement du personnel politique comme gage d’une meilleure représentation nationale, d’une meilleure efficacité, d’une meilleure probité, était-ce un leurre ?
 

Le soupçon qui pèse aujourd’hui sur nombre de représentants, le manque d’efficacité et l’insuffisante responsabilité de nos dirigeants menacent notre démocratie. C’est pourquoi je veux moraliser et responsabiliser la vie publique, et renouveler la représentation nationale.

En tout cas l’écoute du documentaire Les Pieds Sur Terre : Les débutants (3e épisode) : La réforme du code du travail diffusé le 25 septembre 2017 sur France Culture peut susciter au mieux la perplexité, au pire la consternation.

Ce documentaire permet de se rendre compte que « renouveler » le personnel politique ne règle pas du tout les problèmes de fonctionnement d’une institution, et il montre aussi ce que ça signifie concrètement, dans la pratique, de demander à  quelques individus non-représentatifs des diversités de la société, de voter sur TOUS les sujets.

Mais surtout l’émission permet de s’interroger sur les raisons qui poussent les citoyens dans leur grande majorité à se déclarer d’office incompétents, tandis que le statut d’élu semble (paradoxalement ?) dissiper ce complexe…quand il ne sert pas à masquer leur incompétence ou leur absence de conscience citoyenne.

Écoutez donc – ou lisez la retranscription – nos chers élus répondre aux questions de la journaliste sur la réforme du code du travail, sujet ô combien important dans notre vie quotidienne, et posez-vous la question : et si j’étais à leur place ?

Et si à un moment vous vous dites « bon ok, mais on peut pas faire autrement que élire nos représentants, si ? on va quand même pas tout voter nous-mêmes tout le temps ??!! », on vous propose de prendre quelques minutes pour explorer deux pistes : la première ce sont les conférences de citoyens (2’22) la seconde c’est le tirage au sort (1’49).

 

 

(durée de l’émission : 28 minutes)

Les autres parties de l’émission les débutants:(1/4) (2/4) (4/4)

Si vous préférez la lecture, voici la retranscription que nous en avons faite (temps de lecture : 20 min) :

0’00 – Introduction (3’30)

3’38 – Est-ce que vous trouvez, vous, trop compliqué le code du travail ? ou trop protecteur pour le salarié ? (<2′)
5’30 – Que comprenez-vous, vous, vous de cette réforme ? c’est-à-dire quelles sont pour vous les principales propositions pour réformer le code du travail ? (3′)
8’33 – Comment vous êtes vous informé sur le sujet ? est-ce que vous avez suivi les auditions des syndicats, ou les consultations des organisations patronales ? (3′)
11’45 – Est-ce que vous, vous avez déjà eu le temps de déposer un amendement ? (<2′)
13’20 – En quoi ces mesures peuvent elles endiguer le chômage ? (<5′)
18’05 – Une entreprise en bonne santé qui licencie, est-ce que vous vous êtes d’accord ? (<2′)
19’56 – Est-ce que vous avez déjà été licencié ou est-ce qu’un de vos proches a déjà été licencié ? (3′)
23’02 – Est-ce que vous avez autour de vous des gens qui cumulent des CDD ? de quelques mois, ou d’un mois ? (<2′)
24’50 – En 2015 le MEDEF a rendu public un cahier de doléances pour l’emploi. Parmi les six propositions du MEDEF, combien sont reprises par l’actuel projet de loi ? (<3′)

Introduction

Ils sont trois : Brigitte Liso (BL), est députée Les Républicains En Marche (LREM) de la 4e circonscription du Nord. Jean-Baptiste Moreau (JBM), député LREM de la 1e circonscription de la Creuse, et Séverine Gipson (SG) était la suppléante de Bruno Lemaire dans la 1e circonscription de l’Eure, elle est devenue députée LREM lorsque celui-ci a été nommé ministre de l’économie et des finances.Ce sont trois nouveaux élus, trois novices en politique sur les 313 députés  »petits nouveaux » de LREM, trois députés débutants venus de la société civile, la fierté d’Emmanuel Macron, la grande nouveauté de la démocratie française, les forces vives de la start-up qu’est la France. Nous les avons suivis depuis le jour de leur élection dans leur circonscription, jusqu’à leurs premiers pas dans l’hémicycle.

Les voilà maintenant rentrés, badgés, écharpés, cocardés. Les voila à présent au travail. Les 18 et 19 septembre, pour renforcer leur esprit de groupe, les 313 ont d’ailleurs tous été invités à participer à une journée de travail par petits groupes en mode  »team building ». D’après notre confrère Marianne, des activités ludiques étaient proposées, entre autres. L’une d’elles, explique l’hebdomadaire, proposait aux parlementaires de marcher dans la grande salle qui les accueillait, au hasard, au son d’une musique entrainante. Quand la musique s’arrêtait ils devaient se rapprocher de la personne la plus près d’eux et discuter durant une minute avec elle autour de l’idée de  »quelle est votre principale motivation en tant que député ? ». Selon Marianne le coût de ce séminaire de 2 jours s’est élevé à 250000 euros.

Un peu avant cela, durant l’été et jusqu’à il y a quelques jours nous avons voulu quant à nous en savoir davantage sur leurs méthodes de travail, leur approche de la législation et leur regard sur la fameuse loi travail, au cœur de l’actualité et même de la campagne électorale présidentielle. C’est le premier gros dossier de leur législature, la première mesure phare du gouvernement, un engagement, un symbole, mais dans peu de temps aussi ce sera une réalité.

Nous avons donc réuni quelques questions générales sur la loi travail, après les avoir informés précisément du sujet que nous allions aborder. Nous leur avons posé à tous les trois les mêmes questions. Brigitte Liso (BL) que vous entendrez en premier a répondu le 13 juillet le jour même où les députés votaient le recours aux ordonnances pour légiférer sur la réforme du code du travail. Nous avons rencontré Jean-Baptiste Moreau (JBM) le 27 juillet le jour où le sénat a à son tour autorisé le recours aux ordonnances. A ce stade le contour desdites ordonnances est à peu près dévoilé avec notamment les 8 mesures phares prévues par la loi. Enfin, Séverine Gipson (SG) a répondu le 12 septembre, première journée de manifestation de la rentrée contre la réforme du travail, 200 rassemblements dans toute la France, entre 223 et 500000 personnes dans la rue. On les écoute donc sur la loi travail, trois députés de la République, c’est jusqu’à 14h dans ‘Les Pieds sur Terre’ sur France Culture (FC), Les députés débutants, épisode 3, par Pascale Pascariello et Valérie Borst.

Est-ce que vous trouvez, vous, trop compliqué le code du travail ? ou trop protecteur pour le salarié ?

 

Brigitte Liso (entretien du 13/07/17, jour du vote par l’assemblée nationale) : L’ancienne version ou…ou maintenant ? c’est toujours difficile de répondre comme ça à des…à des questions. L’entrepreneur, le patron, le responsable…a aussi beaucoup beaucoup de contraintes. L’idée c’est quand même d’assouplir ces contraintes sans pour autant que le salarié soit…spolié.

 

 

 

Jean-Baptise Moreau (entretien du 27/07/17, jour du vote par le sénat) : Ah oui ça c’est certain oui,c’est certain, à la fois trop compliqué et à la fois il est tellement lourd et tellement important en volume qu’il comprend même en son sein certaines contradictions qui font que aujourd’hui il est inopérant et évidemment trop compliqué, j’en ai discuté encore avec une chef d’entreprise hier, elle est du même avis.

 

 

Séverine Gipson (entretien 12/09/17) : Je pense qu’il faut avoir un œil expert, sans doute, pour le décoder, que c’est peut-être pas abordable pour tout le monde, et qu’une simplification en fait il est vrai que c’est une excellente idée en fait de le mettre à la portée de chacun, de le rendre peut-être plus lisible et compréhensible. Et il faut penser aussi qu’une personne qui travaille n’a pas forcément, enfin, il y a plusieurs niveaux d’éducation parmi les gens qui travaillent en France, et qu’il y a des gens qui savent à peine lire et écrire, aussi, qui travaillent, donc voilà il faut prendre tout le monde en compte, on est un ensemble, on est un pays, on est une population, donc il faut effectivement s’adapter à tout le monde, et au plus simple le mieux quoi, en fait.

 

Que comprenez-vous, vous, vous de cette réforme ? c’est-à-dire quelles sont pour vous les principales propositions pour réformer le code du travail ?

BL :

On a beaucoup parlé de l’inversion de la… attendez… l’inversion de… Alors, pour quelqu’un comme moi qui est assez directe, qui va vite à l’essentiel, quelque fois je suis un peu perdue…[BL cherche dans son téléphone]…l’inversion de la…
FC : C’est des échanges de texto ?
BL : Oui ça c’est la boucle telegram [appli de messagerie instantanée sur smartphone ], alors là c’est la boucle les députés du nord, on est que 9 là. Donc après on a des messageries en commission, on a des messageries du groupe LREM, on est…enfin bref… l’inversion de la… bon écoutez là je trouve plus, donc on va laisser tomber. Alors votre autre question ?

JBM : Les principales propositions aujourd’hui ont les a pas, déjà, puisque les ordonnances elles sont en cours de rédaction donc aujourd’hui’ on a pas le texte des ordonnances.
FC : Il y a quand même un projet de loi d’habilitation des ordonnances qui a été présenté par la ministre du travail. Il y a 9 articles qui ont été présentés.
JBM : C’est la libération au niveau du droit du travail, c’est le rendre à la fois plus souple et plus adapté aujourd’hui à la vie des sociétés telle qu’elle est aujourd’hui, et c’est le simplifier aussi pour permettre une meilleure efficacité puisque vu les taux de chômage qu’on a aujourd’hui faut bien remettre un peu en question tout ce qu’on a fait jusqu’à présent, notamment au niveau du code du travail puisque si il était si parfait que ça on aurait pas autant de chômeurs qu’on en a aujourd’hui.

SG : Alors là c’est une question politique, il faut quand même réaliser que le mandat a débuté il y a très peu de temps, qu’on a eu un mois de vacances, que les gens étaient en vacances deux mois, donc je dirai que le vrai travail de relation par rapport aux nouvelles loi va vraiment arriver au retour de vacances des gens quoi, en fait. Les dispositions qui ont été prises par le gouvernement sont très orientées pour les PME-PMI, pour tout salarié aussi, les instances, par exemple le CHSCT avec les délégués du personnel etc en fait on a regroupé en un comité…je sais plus c’est le CSE mais alors je sais plus la signification, on va aussi laisser les entreprises vivre plus à leur rythme, parce qu’on fait beaucoup d’accords de branche, en fait chaque entreprise est spéciale et différente, donc il est bien de les laisser évoluer comme elles le souhaitent, avec un accord consensuel entre les employés et la direction.

Comment vous êtes vous informé sur le sujet ? est-ce que vous avez suivi les auditions des syndicats, ou les consultations des organisations patronales ?

BL :

Non non ça c’est vraiment le travail de commission et nous à l’assemblée, quand on se réunit dans l’hémicycle on nous présente la loi en fait, on nous demande notre avis c’est ça l’idée.
FC : Eh oui et justement pour que vous exprimiez votre avis, vous, comment vous avez potassé cette loi ?
BL : Ben c’est-à-dire que j’en ai entendu parlé comme tout un chacun je dirais et après quand on entend la majorité et l’opposition se répondre, plus ou moins aimablement, on arrive à se faire une idée.
FC : Sur le moment ?
BL : Oui, sur le moment, parce qu’on a vraiment une vue d’ensemble, tout d’un coup [elle rit].
FC : Vous avez pas regardé avant le…
BL : non

JBM : J’ai lu un certain nombre de choses à la fois sur le site de l’assemblée nationale et à la fois dans de la bibliographie sur un peu comment ça se passait et comment ça se déroulait. Journaux…oui mais surtout dans le règlement de l’assemblée nationale et puis le fonctionnement de l’assemblée nationale. Après on s’est informé par nous-mêmes, c’est pas si compliqué que ça à comprendre non plus.

SG : Alors dès que je le pouvais effectivement je suivais les commissions puisqu’en fait on peut les voir sur internet, sur le site de l’assemblée, donc je l’ai fait autant de fois que je pouvais, mais bon après il faut avoir aussi le matériel papier pour suivre, ou peut être autre, parce qu’il faut comparer des lois d’avant, des lois de maintenant, les préconisations, les remarques, donc moi j’avais pas tous les éléments en main, mais bon j’ai essayé du mieux d’être au plus près des débats.
FC : Avez-vous suivi les auditions des syndicats et les consultations des organisations patronales ?
SG : Non je n’ai pas du tout suivi.
FC : Mais vous avez eu à voter, c’est pour ça que je vous avais imprimé, regardez là, le 1er août, Séverine Gibson, vous avez voté pour l’ensemble du projet de loi d’habilitation à prendre par ordonnances les mesures pour le renforcement du dialogue social.
SG : C’était pas les débats. En fait il y a eu plusieurs heures d’hémicycle, plusieurs jours, et en fait je suis arrivée à la phase finale, donc en fait le texte je l’ai lu, le texte final, mais…je me sens pas… je dirais… j’ai pas été impliquée dès le début, donc c’est pas de la faute de l’assemblée, c’est uniquement parce que je suis arrivé en retard et que j’ai pris les choses en cours de route et qu’on peut pas rattraper des heures d’hémicycle…et que voilà.

Est-ce que vous, vous avez déjà eu le temps de déposer un amendement ?

BL : Non, les amendements pour LREM on été déposés par le groupe de la commission.
FC : Et est-ce que vous avez eu envie en particulier ?
BL :

Quand on a pas travaillé sur une loi c’est difficile voire impossible de déposer un amendement, faut savoir un peu de quoi on parle quand même.

JBM : Non, non, mais j’avais pas forcément à déposer d’amendement puisque c’est vraiment la commission des affaires sociales qui s’est occupé de l’examen intégral de la loi travail après si on avait eu des idées supplémentaires ou complémentaires on l’aurait fait mais en l’occurrence non, j’avais pas forcément la volonté de déposer un amendement. Vu comment ça c’est passé et vu l’urgence on pas le temps de chacun des 577 de s’exprimer sur ces sujets là et faut avoir quelque chose de pertinent à dire pour s’exprimer et pas juste s’exprimer pour s’exprimer. Le rôle d’un député c’est pas juste d’être dans l’hémicycle et de lever la main.

SG : Non parce que je n’étais pas encore députée en fait, comme je ne suis arrivée que le 22 juillet je n’ai pas travaillé sur cette partie. Moi j’ai pas été dans la phase d’examen etc, en plus c’était pas ma commission.

En quoi ces mesures peuvent elles endiguer le chômage ?

BL : Alors, l’idée c’est effectivement de permettre au patron, au chef d’entreprise, d’assouplir les procédures de licenciement, en espérant que ça les incite à embaucher plus facilement.

FC : Par exemple on a vu, c’est des études de l’OCDE, des études qui montrent que finalement quand on sécurise des CDI, ce qui veut dire qu’on permet pas un licenciement si facilement, ça n’est pas un frein à l’embauche.
BL : Heu…j’avais une réponse que je viens d’oublier [elle rit]… Le pari qui est fait c’est celui d’assouplir…la fin du contrat de travail pour provoquer plus d’embauches.

FC : Et est-ce que vous avez pas peur justement que ça crée une précarité plus grande c’est-à dire que là on risque de détricoter le code du travail au détriment du salarié ?
BL : Alors moi je vais dire qu’on adapte le code du travail. Cette loi en particulier peut apparaitre comme plus favorable aux patrons, mais peut-être, mais on prend en compte quand même les deux. Moi j’ai aussi entendu…des patrons se plaindre,  »le code du travail c’est un annuaire », alors je sais qu’il y eu…bon… »on peut pas enlever… »,  »quelles pages arrache-t-on de l’annuaire ? ». On est je crois à un carrefour de tout, il faut que les choses changent, évoluent, on peut se tromper.
FC : Qu’est-ce qui pour vous dans ce projet de loi, parce que vous dites  »on pense aux deux », qu’est-ce qui serait pour le salarié alors ?
BL : Le salarié c’est pas non plus quelqu’un qui subit en permanence l’horrible patronat. Il y a aussi des salariés qui sont bien dans leur entreprise.

FC : oui mais la question c’était qu’est-ce qui dans ce projet de loi est en faveur du salarié ?
BL : Vous me prenez…là…[elle souffle]…je ne vais pas répondre à cette question, parce que je ne connais pas suffisamment, donc tout ça fait que…

JBM : elle rend en fait l’embauche moins compliquée et moins lourde et après elle instaure de nouvelles protections mais une fois de plus tout le détail de ces mesures seront dans les ordonnances qui seront validées au mois de septembre.

FC : vous parlez de nouvelles mesures pour protéger les salariés vous pensez à quoi ?
JBM : Il va y avoir un certain nombre de choses, là je ne me souviens plus exactement de ces mesures là puisque ça fait quelques jours qu’on a passé là dessus et on est passé sur d’autres dossiers, voilà.

FC : Et cette modification du code du travail elle est pas tournée un peu plus en faveur des employeurs plutôt que des salariés ?
JBM : non je suis pas d’accord. Après c’est les employeurs qui créent de l’emploi, faut pas l’oublier, c’est pas la fonction publique, je veux dire on va pas embaucher tout le monde dans la fonction publique et dans la fonction publique territoriale, c’est les entrepreneurs qui créent de l’emploi donc il faut essayer de leur faciliter un petit peu la vie pour leur permettre de créer de l’emploi, je veux dire, un artisan quand il a beaucoup de boulot il embauche, il embauche à condition que l’embauche ne mette pas en péril sa société.

SG : En fait là je suis pas vraiment encore…je dirais experte…ou, comment dire…prête à pouvoir vous répondre avec une grande certitude, comment on pourrait dire ça… Les entreprises à mon avis ne seront pas freinées dans leur développement. En fait elle ne vont pas être prisonnières d’une loi, mais en fait elles vont évoluer à leur rythme avec les employés Donc ce qui veut dire que ça va être adapté à leur structure, et que si elles ont une opportunité de prospérer avec des nouvelles commandes etc, on peut pas dire qu’elles vont être freinées par des lois, en fait elles vont pouvoir [faire] évoluer leur structure comme elles le souhaitent en fait.

Il n’y a pas un gagnant et un perdant, c’est un système et en fait il y a eu des échanges, et il y a un consensus. il y aura toujours des licenciements comme il existait avant, et comme il y a après, par exemple il y aura toujours des périodes d’essai comme avant comme après, etc donc je vois pas en quoi on va les protéger plus ou moins.

Une entreprise en bonne santé qui licencie, est-ce que, vous, vous êtes d’accord ?

BL : Votre question n’est pas complète. Qu’est-ce que ça veut dire une entreprise en bonne santé qui licencie ? quelles sont ses raisons de licencier ? elle ne licencie pas juste pour licencier j’imagine ? il peut y avoir des raisons derrière ça. Donc c’est un peu court.
FC : ça veut dire que ça peut être un licenciement boursier.
BL :

ça peut être un licenciement boursier, mais on est pas seul au monde.

JBM : c’est pas si simple que ça, après il faut examiner les raisons, qu’est-ce qu’on entend par bonne santé, et puis ça dépend du contexte mais évidemment on est pas favorable de façon abrupte à des licenciements alors que l’entreprise fait des bénéfices. Mais il faut examiner quand même la situation au cas par cas c’est pas si simple que ça.

SG : Alors après il faut savoir pourquoi en fait, même si elle est en bonne santé elle peut…enfin… Là je peux pas m’exprimer parce qu’il y a beaucoup de critères à prendre en compte. Après est-ce que c’est…on ne sait pas le motif du licenciement, on ne sait pas les perspectives de l’entreprise, on ne sait pas…enfin voilà on peut pas évaluer, il y a quand même des obligations pour l’un et l’autre, l’employeur et l’employé, il faut voir au cas par cas, là je peux pas dire c’est bien ou pas bien.
FC : C’est ce qu’on appelle les licenciements boursier.
SG : Ouais, ben alors si ils le font je pense que c’est quelque chose qui sera du court terme parce que si on a moins d’employés on peut pas non plus dégager autant de travail, une qualité de travail qui est bonne, donc je suis pas sûre que ce soit une politique durable de l’entreprise en fait.

Est-ce que vous avez déjà été licencié ou est-ce qu’un de vos proches a déjà été licencié ?

BL : Ah ben moi j’ai, oui effectivement, oui j’ai…dans l’industrie pharmaceutique j’ai eu un plan social très important. Et ben à ce moment là on se dit on fait quoi ? qu’est-ce qu’il se passe ? c’est vrai que tout avait été bien négocié donc on a eu des avantages sociaux, des primes de licenciement importantes, je peux pas prendre mon cas pour exemple. C’est très compliqué parce que d’abord j’ai pas la mémoire des chiffres, mais c’était très conséquent et franchement c’était un gros gros travail en amont des syndicats. il y avait donc une indemnité, il y avait aussi des aides à la formation, non non c’était très très bien fait.
FC : Parmi les ordonnances les plus importantes de cette réforme la place des syndicats dans ce genre de négociations va être réduite. Est-ce que vous imaginez justement qu’avec cette nouvelle réforme par exemple vous auriez peut-être été moins bien défendue dans une entreprise aussi importante ?
BL : Oui, oui c’est certainement ça, alors après, je sais pas, enfin c’est loin aussi dans mon souvenir [elle rit]. Il y a eu des négociations oui, syndicales, probablement des accords de branche, mais…ça peut être lourd aussi quelques fois les syndicats. Mais bon là c’est chacun sa façon de voir les choses.

JBM : Oui, oui oui j’ai été licencié à la suite de deux périodes d’essai. c’était quand je travaillais en Côte d’Or, dans un organisme de conseil aux éleveurs. Ben c’était au mois de juin. 2003 exactement. Et j’ai su 2 jours avant qu’ils ne me gardaient pas parce qu’ils n’avaient pas les budgets pour assurer le CDI jusqu’au bout. ça arrive un peu à tout le monde et dans toutes les familles à mon avis. Mais bon après on se retourne vite et dès le lendemain j’ai fait plus de cent lettres de motivation et j’ai rebondi deux mois plus tard.

SG : heu, non, non j’ai jamais été licenciée. J’ai travaillé dans des entreprises, dans une entreprise, où on a du se séparer de personnel, mais on l’a fait de façon à ne pas licencier les gens en fait, on a pas créé…blessé de gens, on a pas licencié de gens de façon arbitraire ou… mais effectivement c’est quelque chose qui peut arriver à tout le monde et à n’importe quel moment de sa vie.
FC : Avez-vous des proches qui ont été licenciés ?
SG : Ben non en fait non, j’ai pas eu ce cas de figure autour de moi.

Est-ce que vous avez autour de vous des gens qui cumulent des CDD ? de quelques mois, ou d’un mois ?

BL : Non, j’ai pas dans mes proches des gens qui cumulent des CDD et normalement on a pas le droit d’en cumuler beaucoup.
FC : Pas de personnes qui ont des missions d’intérim ?
BL : Non plus j’ai la chance d’avoir un entourage qui a des emplois stables.

JBM : J’en ai connu par le passé, là moins, mais j’en ai connu effectivement par le passé, dont certains dans des entreprises publiques oui, c’est pas des contrats comme on entend parler…parce ce que ce qu’il faut comprendre c’est qu’aujourd’hui l’employeur parfois a besoin d’embaucher mais il va passer par de l’intérim ou ne va pas embaucher de peur d’embaucher et de ne plus pouvoir débaucher le jour où le carnet de commande va diminuer, il a peur de ne plus pouvoir débaucher et du coup de se retrouver en difficulté au niveau de son entreprise, donc c’est plus de souplesse pour les employeurs pour leur permettre de redémarrer l’activité et créer de l’emploi.

SG : Non, alors après, non, ou des grandes missions, des CDD d’un mois je savais pas qu’on pouvait, hormis être stagiaire de vacances, je vois pas…non je n’en connais pas en fait.
FC : Le travail intérimaire par exemple, il y a des contrats de quatre heures pour la journée.
SG : oui, alors est-ce que c’est pas propre aux grandes villes ? C’est une question, parce que moi j’habite en milieu rural et je n’ai pas l’impression que ce sont des pratiques courantes, bon après peut-être que je…voilà…mais… non j’ai jamais vraiment entendu ce genre de…comment dire…de contrat.

Dernière question : en 2015 le MEDEF a rendu public un cahier de doléances pour l’emploi. Parmi les six propositions du MEDEF, combien sont reprises par l’actuel projet de loi ?

BL : Six ? Mais ça c’était…la façon dont vous avez posé la question induisait la réponse.
FC : C’est là où on le dit aussi, et c’est pas moi qui le dit, c’est le Figaro, qui dit « le MEDEF en a rêvé, Macron l’a fait ».
BL : Oui, and so what ?

JBM (entretien du 27/07/17, jour du vote par le sénat, 15 jours après le vote par l’assemblée)  : Je n’en sais strictement rien, j’ai pas lu le rapport du MEDEF pour me faire mon opinion sur la loi travail. Une fois de plus ce que je dis c’est que cette réforme de la loi travail elle va être surtout utile aux PME-PMI et c’est celles -là qui ont aujourd’hui besoin de souplesse dans la réforme du code du travail.
FC : La réponse c’est que les six propositions étaient dans le cahier de doléances du MEDEF.
JBM :

ma réponse à moi c’est que les ordonnances ne sont pas votées donc j’attendrai de voir les ordonnances pour savoir lesquelles ont été reprises exactement.

SG : Je sais pas du tout j’ai pas vu le rapport, je sais pas.
FC : Les six grandes ont été reprises, en particulier le CDI de chantier.
SG : D’accord, non mais comme j’ai pas participé j’ai lu que la fin pour les points qui ont été votés, puisque je ne les ai pas votés, mais je ne savais pas.

Là je ne sais pas quoi dire en fait parce que le CDI de chantier est utilisé actuellement [FC : uniquement dans le secteur du bâtiment] on a pas non plus de retour négatifs par rapport à cette utilisation…

si on parle… je pense pas que le contrat chantier soit quelque chose de précaire… après… en plus bon j’ai pas non plus assisté aux débats donc je peux pas vous dire dans le détail les points qui ont été remontés négativement ou qui ont été valorisés par rapport à ça, moi j’ai jamais eu affaire à ça, donc je ne peux pas vous dire…je connais pas en fait.

Vous pouvez réécouter cette émission sur le site de France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/les-debutants-34-la-reforme-du-code-du-travail

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A bientôt sur les places publiques !